Un nouveau Sociétaire honoraire
04 janv 2007

J'ai souvent évoqué des morts sur ce blogue. Est-ce de ma faute si j'ai le goût d'arts anciens où les plus grands sont souvent les plus expérimentés, voire d'arts dont les pratiques ont tant changé qu'un certain âge d'or en est passé, dont la grandeur ne doit pas tout à la nostalgie. Je suis heureux de pouvoir évoquer aujourd'hui une artiste vivante, même si elle ralentit considérablement ses activités. Je viens le dire ce bel article sur le blogue de Pierre Assouline, qui narre la soirée d'adieu que la Comédie Française a réservé à Catherine Samie, sa doyenne sur le départ. La chronique sent le parisianisme du privilégié-qui-y-était-mais-pas-pour-des-raisons-d'image-comme-la-plupart-de-ceux-qui-l'entourait, on pardonne, l'essentiel est d'attirer l'attention sur une grande dame du théâtre. C'est Éric qui a attiré mon attention sur Catherine Samie, alors qu'il l'avait remarquée lors d'une année où il avait vu l'intégralité de spectacles présentés dans la Maison de Molière. Nous avons eu la chance de la revoir plusieurs fois sur scène, elle fait partie de ceux dont la présence est inexplicable, mes pauvres mots ne sauraient rendre une telle vertu dont les détenteurs sont ceux qui ne la recherche plus, ils l'ont, c'est tout.

Nous l'avions vue la dernière fois sur scène dans Savannah Bay, où nous lui avions trouvé un certain côté cabot avec sa partenaire Catherine Hiegel, mais c'est sans doute l'un des prix à payer pour un texte qui ne brille pas par sa clarté. Pour ceux qui ne l'ont pas admirée sur scène, et c'est sans doute désormais sans rattrapage possible, ils reste des apparitions filmées, pas mal de téléfilms et de nombreux seconds rôles au cinéma, des apparitions que les connaisseurs ne peuvent manquer mais qui ne laissent deviner que la partie émergée du talent de celle qui reste l'un des piliers du Français, y ayant passé cinquante ans. Elle a un joli rôle dans Les Revenants de Robin Campillo, des apparitions plus fantaisistes dans Bernie ou Gazon Maudit, mais son grand rôle cinématographique, qui est d'ailleurs essentiellement une captation théâtrale, restera sans doute l'unique personnage de La Dernière Lettre de Frederick Wiseman, lecture épurée de la lettre à son fils d'une mère bloquée dans un ghetto ukrainien en 1941.

D'un point de vue plus anecdotique, mais marquant pour nous, nous l'avions croisée aussi un jour en remontant la rue de Rennes, comme souvent lorsque je sortai de mon travail près de Montparnasse. Il fallait être aux aguets des passants pour la remarquer au milieu de la foule qui arpente cette rue en fin d'après-midi, mais elle était bien là, sortant sans doute d'une répétition au théâtre du Vieux Colombier tout proche, se promenant de façon presque anonyme au milieu de gens pressés incapables de la voir, silhouette frêle et pourtant porteuse d'une telle énergie avec un texte et sur une scène, avec une voix grave reconnaissable entre toutes.

Je voulais évoquer nos sorties théâtrales ici, et me voici à reparler de Paris, mais c'était pour la bonne cause : merci Catherine Samie.

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